Le corps n'oublie rien, surtout pas un traumatisme

Bessel van der Kolk, psychiatre

 

Sevin Rey  |  Le 22 novembre 2018

​Interview.- Le psychiatre américain et spécialiste du syndrome post-traumatique, Bessel van der Kolk donne les clés pour réparer le corps après un traumatisme, lorsque la connexion esprit-corps est rompue.

«Je suis devenu ce que je suis aujourd'hui à l'âge de 12 ans, par un jour glacial et nuageux de 1975.» Le psychiatre américain Bessel van der Kolk a choisi une citation extraite du roman Les cerfs-volants de Kaboulde Khaled Hosseini pour commencer son livre Le corps n’oublie rien – Le cerveau, l’esprit, le corps dans la guérison du traumatisme (1). Car il est ainsi, le traumatisme. Il scinde la vie de la victime en deux, en un «avant» et un «après». Plus rien ne sera pareil et eux, les survivants, ne seront jamais comme les autres.
 

Guerre, viol, violences conjugalesattentat... Le stress qui suit un trauma s'imprime non seulement dans le cerveau, mais aussi dans le corps des victimes, selon Bessel van der Kolk. Spécialiste éminent du traumatisme, l'auteur a travaillé avec les vétérans de la guerre du Vietnam, mais aussi avec des enfants ou des femmes victimes de violences. Pendant quarante ans, il a observé les comportements et les cerveaux de ses patients au sein du Trauma Center à Boston (États-Unis). Son livre, traduit en 15 langues et vendu à 3 millions d'exemplaires, retrace son parcours passionnant et donne les clés pour guérir cerveau, esprit et corps.
 

Lefigaro.fr/madame.- Lorsque l'on parle de traumatisme, on pense à des catastrophes comme un viol, une guerre, un attentat, mais selon vous, d'autres événements plus courants sont responsables de souvenirs traumatiques. Quels sont-ils ?

Bessel van der Kolk.-  Après la guerre du Vietnam, nous avons défini le traumatisme comme un événement qui sort de l'expérience humaine ordinaire, mais au fur et à mesure de nos recherches, nous avons effectivement réalisé que le traumatisme était partout. Le plus commun tant les violences familiales ; pour une femme ou un homme ce sont les coups portés par leur partenaire, pour un enfant c'est la violence des parents envers lui ou entre eux. Des millions de personnes dans le monde souffrent de traumatismes. On ne peut pas se faire battre par la personne que l'on aime et faire comme si de rien était. C'est aussi extrêmement terrifiant pour un enfant de voir les personnes qu'il aime s'agresser  mutuellement. Savoir que ses parents peuvent le protéger et qu'ils sont eux-mêmes hors de danger représente la base de sa sécurité. L'absence de cette base a des conséquences neurobiologiques et psychologiques non négligeables.