La médecine sauve des vies, la psychanalyse des existences.
 

Elisabeth Roudinesco - Historienne, psychanalyste

Vous trouverez ici quelques textes "phares" de la psychanalyse


Remémoration, répétition et perlaboration

par Sigmund Freud

Il ne me paraît pas superflu de rappeler sans cesse à ceux qui apprennent la technique psychanalytique quelles modifications en profondeur elle a connues depuis ses tout premiers débuts. D’abord dans la phase de la catharsis breuerienne [2][2] La pagination indiquée en marge est celle du tome X... on mettait directement au centre le moment de la formation du symptôme et on ne cessait de s’efforcer avec conséquence de susciter la reproduction des processus psychiques de la situation en question, afin de les conduire par une activité consciente à un complet déroulement. Remémoration et abréaction étaient alors les buts à atteindre à l’aide de l’état hypnotique. Ensuite, après le renoncement à l’hypnose, s’imposa la tâche de deviner à partir des libres idées incidentes de l’analysé ce qu’il échouait à se remémorer. Grâce au travail d’interprétation et à la communication de ses résultats au malade, la résistance devait être contournée ; la centration sur les situations de la formation du symptôme et sur ces autres situations qui se révélaient derrière le moment de l’entrée en maladie était maintenue, l’abréaction reculait et semblait remplacée par la dépense de travail que l’analysé avait à fournir lorsqu’il lui était imposé de surmonter la critique à l’égard de ses idées incidentes (dans l’observance de la règle fondamentale « psychanalytique »). Finalement s’est formée la technique conséquente d’aujourd’hui dans laquelle le médecin renonce à mettre au centre un moment ou un problème déterminé, se contentant ainsi d’étudier à chaque fois la surface psychique de l’analysé et utilisant essentiellement l’art de l’interprétation pour reconnaître les résistances qui surgissent à cette surface et pour les rendre conscientes au malade. Il s’instaure alors un nouveau mode de répartition du travail : le médecin met à découvert les résistances qui ne sont pas connues du malade ; une fois celles-ci maîtrisées, le malade raconte souvent sans la moindre peine les situations et corrélations oubliées. Naturellement, le but de ces techniques est resté inchangé ; au plan descriptif : combler les lacunes du souvenir ; au plan dynamique : surmonter les résistances du refoulement.

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On doit rester reconnaissant à l’ancienne technique hypnotique de nous avoir mis sous les yeux, en les isolant et en les schématisant, chacun des processus psychiques de l’analyse. C’est par ce moyen seulement que nous avons pu avoir le courage de créer nous-mêmes dans la cure analytique des situations compliquées et de les conserver transparentes.

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La remémoration prenait alors dans ces traitements hypnotiques une forme très simple. Le patient se mettait dans une situation antérieure qu’il ne semblait jamais confondre avec la situation présente, il communiquait les processus psychiques de la première dans la mesure où ils étaient restés normaux et y ajoutait ce qui pouvait se révéler par la transposition des processus autrefois inconscients en processus conscients.

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J’enchaîne ici par quelques remarques que tout analyste a trouvé confirmées dans son expérience. L’oubli d’impressions, de scènes, d’expériences vécues se réduit la plupart du temps à un « barrage » opposé à celles-ci. Lorsque le patient parle de cet « oublié », il manque rarement d’ajouter : je l’ai à vrai dire toujours su, simplement je n’y ai pas pensé. Il n’est pas rare qu’il exprime sa déception à constater que ne veulent pas lui venir à l’idée bien des choses qu’il peut reconnaître comme « oubliées », auxquelles il n’a plus jamais pensé depuis qu’elles se sont produites. Cependant cette désirance trouve aussi sa satisfaction, surtout dans les hystéries de conversion. L’« oubli » connaît encore une limitation quand on prend en compte les souvenirs-couverture si généralement présents. Dans nombre de cas j’ai eu l’impression que l’amnésie d’enfance bien connue et tellement significative pour nous au plan théorique est complètement contrebalancée par les souvenirs-couverture. En eux se trouve conservé non seulement quelque chose de l’essentiel de la vie d’enfance, mais à vrai dire tout l’essentiel. On doit seulement savoir le développer par l’analyse en partant des souvenirs-couverture. Ceux-ci représentent les années d’enfance oubliées dans la même mesure que le contenu de rêve manifeste représente les pensées de rêve.

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L’autre groupe de processus psychiques – fantaisies, processus de relation, motions de sentiment, corrélations – que l’on peut confronter, en tant qu’ils sont des actes purement internes, aux impressions et expériences vécues, doit être considéré à part dans son rapport à l’oubli et à la remémoration. Il arrive ici, avec une particulière fréquence, que soit « remémoré » quelque chose qui n’a jamais pu être « oublié » parce que cela n’avait été remarqué à aucun moment et n’avait jamais été conscient ; il semble en outre totalement indifférent pour le déroulement psychique qu’une telle « corrélation » ait été consciente et puis ait été oubliée, ou qu’elle ne soit jamais parvenue à la conscience. La conviction que le malade acquiert au cours de l’analyse est totalement indépendante d’une telle remémoration.

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C’est particulièrement dans les multiples formes de la névrose de contrainte que l’oublié se restreint la plupart du temps à la dissolution des corrélations, à la méconnaissance des conséquences logiques, à l’isolation des souvenirs.

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S’agissant d’une sorte particulière d’expériences vécues extrêmement importantes qui se situent dans les tout premiers temps de l’enfance et ont été vécues, en leur temps, sans compréhension mais qui, après coup, ont rencontré compréhension et interprétation, le plus souvent aucun souvenir ne peut être éveillé. On parvient par des rêves à la connaissance de ces expériences vécues, et pour les motifs les plus contraignants issus de l’agencement de la névrose, on est obligé d’y croire ; on peut également se convaincre de ce que l’analysé, une fois ses résistances surmontées, n’utilise pas l’absence d’un sentiment de remémoration (sensation de connu) contre l’acceptation de ces expériences. Ce sujet requiert toutefois tant de prudence critique et apporte tant d’éléments nouveaux et déconcertants que je lui réserve un traitement à part portant sur un matériel approprié.

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Or quand on applique la nouvelle technique il ne reste que très peu, voire rien de ce déroulement qui était d’une aisance réjouissante. On rencontre d’ailleurs ici des cas qui se comportent un certain temps comme dans la technique hypnotique, ne faisant défaillance que plus tard ; mais d’autres cas ont d’emblée un comportement différent. Si, pour caractériser leur différence, nous nous en tenons au second type, nous sommes en droit de dire que l’analysé ne se remémoreabsolument rien de ce qui est oublié et refoulé, mais qu’il l’agit. Il ne le reproduit pas sous forme de souvenir mais sous forme d’acte, il le répète, naturellement sans savoir qu’il le répète.

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Par exemple : l’analysé ne raconte pas qu’il se souvient d’avoir été frondeur et incrédule envers l’autorité de ses parents, mais il se comporte de cette même façon envers le médecin. Il ne se remémore pas le fait d’être resté arrêté, désemparé et en désaide, dans sa recherche sexuelle infantile, mais il apporte tout un tas de rêves et idées incidentes confus, se lamente de ne réussir en rien et soutient que c’est son destin de ne jamais mener une entreprise à son terme. Il ne se remémore pas le fait d’avoir eu intensément honte de certaines activités sexuelles et d’avoir redouté qu’elles soient découvertes, mais il fait voir qu’il a honte du traitement auquel il s’est à présent soumis et cherche à le tenir secret à l’égard de tous, etc.

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Avant toute chose il commence la cure par une telle répétition. Souvent, lorsqu’on a communiqué la règle fondamentale psychanalytique à un patient dont l’histoire de vie est pleine de vicissitudes et l’histoire de maladie fort longue, qu’on a alors invité celui-ci à dire ce qui lui vient à l’idée, et qu’on s’attend maintenant à ce que ses communications se répandent à flots, on apprend tout d’abord qu’il ne sait quoi dire. Il se tait et affirme que rien ne veut lui venir à l’idée. Naturellement, cela n’est rien d’autre que la répétition d’une attitude homosexuelle qui vient s’imposer en tant que résistance à toute remémoration. Aussi longtemps qu’il restera en traitement, il ne se libérera plus de cette contrainte de répétition. On comprend finalement que c’est là sa façon de se remémorer.

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C’est naturellement le rapport de cette contrainte de répétition au transfert et à la résistance qui nous intéressera en premier lieu. Nous remarquons bientôt que le transfert n’est lui-même qu’un fragment de répétition et que la répétition est le transfert du passé oublié, non seulement sur le médecin mais également sur tous les autres domaines de la situation présente. Nous devons donc nous attendre à ce que l’analysé s’abandonne à la contrainte à la répétition – qui remplace maintenant l’impulsion à la remémoration –, non seulement dans le rapport personnel au médecin, mais encore dans toutes les autres activités et relations qu’il a simultanément dans sa vie, par exemple lorsque pendant la cure il choisit un objet d’amour, se charge d’une tâche, s’engage dans quelque entreprise. La part de la résistance est également facile à reconnaître. Plus la résistance est grande, plus la remémoration sera largement remplacée par l’agir (répétition). Dans l’hypnose, la remémoration idéale de ce qui est oublié correspond bel et bien à un état dans lequel la résistance est totalement mise de côté. Si la cure commence sous les auspices d’un transfert positif tempéré et non exprimé, elle permet tout d’abord, comme dans l’hypnose, une plongée dans le souvenir pendant laquelle même les symptômes de maladie se taisent ; mais si par la suite ce transfert devient hostile ou excessivement fort et nécessite de ce fait le refoulement, alors la remémoration cède aussitôt la place à l’agir. À partir de là, les résistances détermineront l’ordre de succession de ce qui est à répéter. Le malade va chercher dans l’arsenal du passé les armes avec lesquelles il se défend de la poursuite de la cure et que nous devons lui arracher pièce par pièce.

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Nous venons de voir que l’analysé répète au lieu de se remémorer, il répète en étant soumis aux conditions de la résistance ; nous sommes maintenant en droit de demander : mais, à vrai dire, que répète-t-il ou qu’agit-il ? La réponse est qu’il répète tout ce qui, provenant des sources de son refoulé, s’est déjà imposé dans son être manifeste, ses inhibitions, ses attitudes ne servant à rien, ses traits de caractère pathologiques. Évidemment, il répète aussi pendant le traitement tous ses symptômes. Nous pouvons dès lors remarquer qu’en mettant en relief la contrainte à la répétition nous n’avons abouti à aucun fait nouveau, mais seulement à une conception plus unitaire. Nous voyons maintenant clairement que l’état de maladie de l’analysé ne peut cesser avec le commencement de son analyse, que nous n’avons pas à traiter sa maladie comme une affaire d’ordre historique, mais comme une puissance actuelle. Cet état de maladie est donc amené pièce par pièce dans l’horizon et dans le domaine d’action de la cure. Et alors que le malade le vit comme quelque chose de réel et d’actuel, nous avons à y opérer le travail thérapeutique qui consiste pour une bonne part à ramener les choses au passé.

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Amener à se remémorer sous hypnose donnait forcément l’impression d’une expérimentation en laboratoire. Amener à répéter pendant le traitement analytique mené suivant notre nouvelle technique signifie faire ressurgir un fragment de la vie réelle, et de ce fait cela ne peut pas être dans tous les cas inoffensif et sans inconvénients. C’est ici que se rattache tout le problème de l’« aggravation pendant la cure », souvent inéluctable.

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Avant tout, le simple engagement du traitement entraîne que le malade modifie son attitude consciente envers la maladie. Il s’est habituellement contenté de la déplorer, de la mépriser comme un non-sens, d’en sous-estimer la significativité, mais il a par ailleurs poursuivi à l’égard des manifestations de la maladie le comportement refoulant, la politique de l’autruche qu’il pratiquait envers les origines de celle-ci. Il peut ainsi arriver qu’il ne connaisse pas correctement les conditions de sa phobie, qu’il n’entende pas l’exact énoncé de ses idées de contrainte ou ne saisisse pas la véritable intention de son impulsion de contrainte. De cela la cure ne peut naturellement pas se servir. Il lui faut acquérir le courage de porter toute son attention sur les manifestations de sa maladie. La maladie elle-même ne doit plus être pour lui quelque chose de méprisable, mais devenir bien plutôt un adversaire digne de ce nom, un morceau de son être qui s’appuie sur de bons motifs et dont il s’agit de tirer quelque chose de précieux pour sa vie ultérieure. La réconciliation avec le refoulé, lequel se manifeste dans les symptômes, se prépare ainsi dès le début, mais il est aussi fait place à une certaine tolérance pour l’état de maladie. Si par ce nouveau rapport à la maladie sont exacerbés des conflits et mis en avant des symptômes qui auparavant manquaient encore de netteté, on peut en consoler facilement le patient en lui faisant remarquer que ce ne sont là que des aggravations nécessaires mais passagères, et qu’il n’est pas possible de tuer un ennemi qui est absent ou n’est pas suffisamment proche. Mais la résistance peut vouloir exploiter la situation pour les visées qui sont les siennes et vouloir abuser de la permission d’être malade. La résistance semble alors déclarer : Regarde donc ce qui arrive si je me mêle vraiment de ces choses. N’ai-je pas bien fait de les livrer au refoulement ? Ce sont particulièrement les personnes juvéniles et enfantines qui habituellement utilisent volontiers le passage obligé dans la cure par l’état de maladie pour se livrer à la débauche des symptômes de maladie.
 

D’autres dangers apparaissent du fait que, dans la poursuite de la cure, des motions pulsionnelles nouvelles, situées plus en profondeur et qui ne s’étaient pas encore imposées, peuvent également accéder à la répétition. Pour finir, les actions du patient à l’extérieur du transfert peuvent entraîner des préjudices passagers pour sa vie, voire être choisies de manière à invalider en permanence la santé que l’on cherche à atteindre.
 

La tactique que le médecin doit adopter dans cette situation est facile à justifier. Pour lui la remémoration selon l’ancienne manière, la reproduction dans le domaine psychique, reste le but auquel il tient fermement, même s’il sait que ce but ne peut être atteint avec la nouvelle technique. Il s’organise en vue d’un combat permanent avec le patient afin de retenir dans le domaine psychique toutes les impulsions que celui-ci voudrait orienter vers la motricité, et il célèbre comme un triomphe de la cure le fait de réussir, par le travail de remémoration, à liquider ce que le patient voudrait éconduire par une action. Lorsque la liaison instaurée par le transfert est devenue telle qu’on puisse de quelque façon s’en servir, le traitement parvient à empêcher le malade d’effectuer toutes les actions de répétition tant soit peu significatives et à utiliser, comme matériel pour le travail thérapeutique, le projet qu’il en avait conçu in statu nascendi [3][3] à l’état naissant.. La meilleure façon de protéger le malade du préjudice qu’il encourait en exécutant ses impulsions est de l’obliger à ne prendre aucune décision vitale pendant la durée de la cure, comme par exemple choisir un métier, un objet d’amour définitif, mais à attendre, pour tous ces desseins, le moment de la guérison.
 

On a alors soin de ménager ce qui de la liberté personnelle de l’analysé est compatible avec ces précautions, on ne l’empêche pas de mettre en œuvre des desseins sans importance voire insensés, n’oubliant pas ainsi que l’être humain ne peut à vrai dire devenir sage que par l’effet de préjudices et de sa propre expérience. Certes, il y a eu également des cas que l’on ne peut retenir de se livrer pendant le traitement à quelque entreprise totalement inopportune et qui ne deviennent qu’après malléables et accessibles à l’élaboration analytique. À l’occasion, il ne manque pas d’arriver aussi qu’on n’ait pas le temps de passer aux pulsions sauvages la bride du transfert ou que, dans une action de répétition, le patient arrache le lien qui le relie au traitement. Comme exemple extrême je peux choisir le cas d’une dame d’un certain âge qui, dans des états crépusculaires, avait à plusieurs reprises quitté sa maison et son mari et s’était enfuie on ne sait où, sans jamais prendre conscience d’un quelconque motif pour cette « fugue ». Elle vint en traitement chez moi avec un transfert tendre, bien constitué, intensifia celui-ci dans les premiers jours avec une rapidité inquiétante et au bout d’une semaine elle avait aussi « fugué » de chez moi, avant même que j’aie eu le temps de lui dire quoi que ce soit qui aurait pu l’empêcher de faire cette répétition.
 

Or le moyen principal de dompter la contrainte de répétition du patient et de la transformer en un motif de remémoration se trouve dans le maniement du transfert. Nous la rendons inoffensive et même profitable en lui accordant ses droits et en lui laissant libre cours dans un certain domaine. Nous lui ouvrons avec le transfert un lieu d’ébats où il lui est permis de se déployer dans une liberté presque totale et où il lui est assigné de nous mettre sous les yeux tout ce qui, en fait de pulsions pathogènes, s’est caché dans la vie d’âme de l’analysé. Lorsque le patient fait preuve de suffisamment de prévenance pour respecter les conditions d’existence du traitement, nous réussissons régulièrement à donner à tous les symptômes de la maladie une nouvelle signification transférentielle et à remplacer sa névrose ordinaire par une névrose de transfert dont il peut être guéri par le travail thérapeutique. Le transfert crée ainsi un royaume intermédiaire entre la maladie et la vie, à travers lequel s’effectue le passage de la première à la seconde. Le nouvel état a repris tous les caractères de la maladie mais il constitue une maladie artificielle qui est en tous points accessible à nos interventions. Il est en même temps un morceau de l’expérience de vie réelle, mais il est rendu possible par des conditions particulièrement favorables et il a la nature d’un être provisoire. À partir des réactions de répétition qui se manifestent dans le transfert, les voies que l’on connaît conduisent alors au réveil des souvenirs qui se mettent en place apparemment sans peine après le surmontement des résistances.
 

Je pourrais m’interrompre ici si l’intitulé de cet article ne m’obligeait à présenter un autre morceau de la technique analytique. Comme il est connu, le surmontement des résistances s’engage du fait que le médecin met à découvert la résistance qui n’a jamais été reconnue par l’analysé et qu’il la communique au patient. Or il semble que les débutants en analyse soient enclins à considérer cette étape de l’engagement comme la totalité du travail. J’ai souvent été consulté dans des cas où le médecin se plaignait de ceci : il avait fait voir au malade sa résistance, et pourtant rien ne s’était modifié, et même la résistance s’était considérablement renforcée et toute la situation était encore devenue plus impénétrable. La cure, disait-il, semblait ne pas avancer. Or cette attente pessimiste se révélait souvent erronée. En règle générale, la cure se poursuivait on ne peut mieux ; le médecin avait seulement oublié que le fait de nommer la résistance peut ne pas avoir pour conséquence la cessation immédiate de celle-ci. On doit laisser au malade le temps de se plonger dans la résistance qui lui est inconnue, de la perlaborer, de la surmonter tandis que, défiant la résistance, il poursuit le travail selon la règle fondamentale de l’analyse. C’est seulement au paroxysme de cette résistance que l’on découvre alors dans un travail commun avec l’analysé les motions pulsionnelles refoulées qui alimentent celle-ci, le patient se convainquant de l’existence et de la puissance de ces motions en vivant une telle expérience. Le médecin n’a alors rien d’autre à faire que d’attendre et de laisser s’accomplir un déroulement qui ne peut être évité et qui ne peut pas toujours non plus être accéléré. S’il tient fermement à cette vue des choses, il s’épargnera souvent l’illusion d’avoir échoué alors qu’il continue pourtant de conduire le traitement en suivant la ligne correcte.
 

Cette perlaboration des résistances peut dans la pratique devenir une tâche ardue pour l’analysé et une épreuve de patience pour le médecin. Mais elle est pourtant cette partie du travail qui a pour effet la plus grande modification sur le patient et qui différencie le traitement analytique de toute influence exercée par la suggestion. Théoriquement on peut la mettre en parallèle avec l’« abréaction » des montants d’affect restés coincés du fait du refoulement, processus sans lequel le traitement hypnotique demeurerait sans influence.
 

Notes

[1]

Sigmund FREUD, « Remémoration, répétition et perlaboration », Œuvres complètes de Freud, tome XII, © PUF, à paraître dans le courant du 2e trimestre 2004. Nous remercions les éditions des PUF et le Professeur Jean Laplanche de nous permettre de publier cette nouvelle traduction encore inédite.

[2]

La pagination indiquée en marge est celle du tome X des Gesammelte Werke (GW). Les italiques signalent les mots qui sont interlettrés dans les Gesammelte Werke (GW) et les Œuvres complètes de Freud (OCF).

[3]

à l’état naissant.

 Source :  https://www.cairn.info/revue-libres-cahiers-pour-la-psychanalyse-2004-1-page-13.htm